19.10.2007

A PROPOS D'UNE SEPARATION

La nouvelle du divorce de Nicolas Sarkozy et de Cécilia Ciganer-Albeniz met un terme à une suite de "folles journées" où rumeurs, démentis, et scoops se sont succédés à une vitesse étourdissante.

Vie privée, vie publique? L'on pourrait penser que la vie privée du Chef de l'Etat n'est pas un sujet d'intérêt. Mais il est Chef de l'Etat, et pas Monsieur Tout le Monde.

L'on a même vu disserter de doctes juristes pour savoir si la définition de l'immunité présidentielle s'appliquait à la procédure de divorce du Président de la République. L'on n'est pas cependant allé jusqu'à évoquer que le juge aux affaires familiales ait pu avoir l'idée de rendre un déclinatoire de compétence.

C'est que c'est le premier président de la République à divorcer dans l'exercice de ses fonctions. Alors, ça fait un précédent. Jadis, l'on parlait de répudiation, comme ce fut le cas lorsque Napoléon Ier se sépara de Joséphine de Beauharnais au motif que celle-ci était stérile. Etait en jeu alors le principe dynastique, mais il n'en demeure pas moins que Napoléon Ier divorça pour pouvoir épouser la fille de l'empereur d'Autriche.

Depuis, point de cas d'école en matière de droit de la famille à se mettre sous la dent.

Alors, il y a un côté un peu inédit à ce que l'hôte de l'élysée exerce ses fonctions sans première dame. Assurément, après avoir vu les épouses des présidents tenir leur rôle tantôt effacé, tantôt plus visible, Cécilia Sarkozy donnait l'image d'une première dame atypique.

Cependant, à partir du moment où la vie conjugale du candidat puis du chef de l'Etat devenait un élément de la communication politique, ce n'était plus tout à fait une question de vie privée.

L'on remarquera le parallèle saisissant avec Ségolène Royal qui entretint durant toute la campagne un certain mystère sur la continuité de son concubinage avec François Hollande, ce qui se doublait du refus de répondre à la question de savoir si elle le nommerait ministre, alors que de toute évidence la France avait droit à cette explication.

Dans les deux cas, le simulacre fut entretenu de la continuité d'un lien rompu dès avant les élections. Lorsque l'hypocrisie s'installe, c'est le corps électoral que l'on prend pour des imbéciles.

C'est laisser croire au peuple qu'on le prend pour étroit d'esprit, au point de penser qu'il n'est pas prêt à accepter que le candidat à la magistrature suprême ne conforme pas sa vie privée au modèle de la famille traditionnelle.

Or, entretenir le simulacre n'aide pas à l'évolution des mentalités, alors que la question du choix de vie du président ne devrait pas se poser.

Alors, si vraiment avoir un président divorcé posait tant de problèmes, ou une présidente séparée de son compagnon, il y avait sur ce sujet comme d'autres une autre voie.

Avec François Bayrou à l'Elysée, nous n'aurions pas eu de psychodrame matrimonial, parce qu'il n'y avait pas eu de mise en scène politique de l'intimité familiale.

Si après tout, le modèle du parfait président, c'était celui dont la vie de famille est "rangée", il fallait réfléchir à deux fois avant de configurer le second tour comme on l'a vu.

Parce qu'en matière de mélange des genres entre sphère publique, et sphère privée, utilisation de la dissimulation comme argument électoral, Ségolène Royal ne s'est pas comportée autrement que comme l'ex couple Sarkozy.

Cela disqualifie les socialistes d'avoir la sotte prétention sur ce sujet comme d'autres de s'ériger en donneurs de leçons.