26.02.2007

Interview de Romano Prodi

Voici un enregistrement de l'interview de Romano Prodi, l'actuel Président du Conseil de l'Italie.

Interrogé de manière très fermée par les journalistes, prisonniers du prisme bipolaire que les médias croient bon d'adopter, comme s'il leur revenait de déterminer quels étaient les deux candidats du second tour, et comme si cela allait de soi que s'y affrontent Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy.

Romano Prodi, qui répond en Français, répond que le plus apte à porter la voix de la France en Europe, c'est François Bayrou.

Alors, c'est un peu trop facile de crier au retour de la IVème République comme en témoigne les récents glapissements de Nicolas Sarkozy, lorsqu'il évoque la proposition de François Bayrou.

Aux sceptiques de la gauche et de la droite, je rappellerai que la IVème République n'a pas tant démérité (ô vieux souvenir de ma dissertation d'histoire au baccalauréat):

  1. Le parti socialiste aurait-il oublié que son refondateur François Mitterrand fut plusieurs fois ministre sous la IVème république, et qu'il faisait parti des gens ayant suffisamment d'entregent pour nouer les coalitions. Si le temps avait été laissé à la IVème république, François Mitterrand fût devenu Président du Conseil beaucoup plus vite qu'il ne devint Président de la République. Cela dit, mais c'est une autre histoire, il s'est bien accomodé des institutions de la Vème République qu'il brocarda tant quand il était dans l'opposition.
  2. Pourquoi ne marcherait pas en France ce qui marche en Allemagne où les électeurs ont obligé Angela Merkel à mettre en place une coalition de gouvernement avec le parti de son prédécesseur et adversaire, ou en Italie la coalition élargie qui va de l'équivalent italien de la LCR aux franges de la droite berlusconienne, en passant par la démocratie chrétienne.
  3. Il y a dans chaque parti politique des gens de bonne volonté, qui seraient prêts à mouiller leur chemise et à relever leurs manches parce que le bien commun l'exige.
  4. Ce fut précisément cette ardeur à la tâche qui permit le relèvement de la France dans les années de l'immédiat après-guerre: socialistes, radicaux, centristes, droite modérée ont pu former des gouvernements de coalition. Certes, les ambitions personnelles, la politique des partis, mais aussi le poids de la guerre d'Algérie ont eu raison du régime. Cela signifie-t-il qu'il fût intrinsèquement mauvais?
  5. Chacun voit pourtant où le bipartisme bipolaire a conduit. Le 21 avril 2002 en est ni plus ni moins que l'enfant adultérin. L'arrogance du parti majoritaire, quelque fût la période, a fertilisé le terreau des rancoeurs. Le cloisonnement sur elle-même de la caste politique, comme si l'intérêt de la France se résumait à l'Ouest parisien et à sa banlieue  huppée a engendré comme un rejeton inéluctable le vote protestataire et extrémiste.

C'est tout aussi facile comme le fait Madame Royal de réenfourcher le cheval du "chacun son camp". Comme si du reste elle pouvait être crédible en se disant de gauche... Parce que le discours sur l'ordre, juste ou non, est bel et bien le même. C'est bien le même fantasme panoptique de contrôle des comportements et des moeurs qui anime les deux candidats. Sarkozy sous la forme martiale des rodomontates dignes des milites gloriosi de la comédie latine, les soldats fanfarons, et autres batteurs de ferraille. Ségolène Royal sous la forme aseptisée mais non moins nocive du totalitarisme maternant à visage compassionnel. Tous deux sont d'efficaces représentants du magasin à promesses, et de la magie.

Alors, sortons un peu de ces pantalonnades franco-françaises, et écoutons un peu nos partenaires de l'Europe.