« A PROPOS D'UNE SEPARATION | Page d'accueil | LE MODEM ET LES SANS PAPIERS »
21.10.2007
A PROPOS D'UNE LETTRE
Comme chacun le sait, dans les lycées de France devrait être lue l'ultime lettre de Guy Môquet, l'un des plus jeunes fusillés des martyrs de Chateaubriant.
L'on se souvient que cela avait été souhaité par le Président de la République.
Enseignant, je ne peux rester insensible aux discussions qui agitent le corps professoral à ce sujet.
Il ne me semble pas qu'il y ait instrumentalisation de l'histoire quand il s'agit de transmettre une mémoire. En l'occurrence celle de la Résistance.
Cette mémoire appartient à tous, et face aux multiples tentatives de révisionisme, il importe de la transmettre aux jeunes générations. C'est pourquoi le procès fait au Président de la République d'une instrumentalisation de l'histoire me choque profondément.
Lorsque j'étais en troisième, et que nous étudiions l'histoire de la seconde guerre mondiale, la lettre de Guy Môquet figurait en bonne et due place dans les livres. Et je garde de l'étude de cette période de notre histoire un souvenir ému. Parce que notre professeur, fille de résistant de l'armée secrète, n'avait pas son pareil pour nous resituer les choses. Je fis même partie des élèves lauréats nationaux du concours scolaire de la résistance et de la déportation. Grâce à ce professeur, qui avait su trouver les mots pour faire passer ce message de mémoire.
Guy Môquet fut un militant communiste. Mais il ne l'eût point été que cela ne changeait rien à la tragédie. Pour injuste que fut son sort, sa mort n'en fut pas moins un sacrifice héroîque. Sanguis martyrum semen civium. Le sang des martyrs est semence de citoyens.
En une époque où l'individualisme et le consumérisme minent les valeurs sur lesquelles la France s'est reconstruite au sortir de la seconde guerre mondiale, parce que tous avaient su retrousser leurs manches, hommes de gauche comme de droite, radicaux, démocrates chrétiens, indépendants, et souvenons nous que les communistes et les gaullistes firent aussi partie de l'Union sacrée même si elle ne dura pas longtemps, il importe justement de transmettre cette mémoire.
Pour les générations de l'après-guerre, la mémoire était présente, consubstantielle à leur vie quotidienne. Dans ma génération née en 1966, il n'est pas un adolescent qui dans sa famille, ou dans son réseau de connaissances n'ait pas eu l'occasion de connaître un ancien résistant ou un déporté ayant survécu. Mais aujourd'hui, à l'heure où les témoins directs se raréfient, n'est-ce pas aux enseignants de justement transmettre cette mémoire?
La crainte de l'instrumentalisation par le politique est un faux problème, car lorsque l'on est un homme libre, une femme libre, l'on est sait parfaitement résister à l'instrumentalisation intellectuelle. Le haut niveau de formation académique dont disposent les enseignants précisément est là pour nous prémunir de toute récupération. A chacun de savoir trouver les mots, les méthodes, les occasions pour la transmission de cette mémoire qui fait partie du patrimoine historique.
Or, dans la polémique actuelle, les arguments mis en avant sur l'instrumentalisation de l'histoire me gênent profondément, car c'est cautionner une forme de sélectivité de la mémoire historique. Selon qui est à l'origine de telle ou telle proposition de commémoration, la réaction n'est pas la même. Or, il ne serait pas convenable du point de vue de l'éthique professionnelle de céder à une autre forme d'instrumentalisation, celle de la récupération anti sarkosiste.
Ce d'autant plus que toute liberté est laissée aux enseignants pour la mise en oeuvre de cette journée de commémoration.
L'esprit de la Résistance a façonné la France moderne, nous sommes donc dépositaires d'un héritage. Quand il s'est agi de remettre la France en état au sortir de la seconde guerre mondiale, le MRP avec d'autres a pris ses responsabilités. Or le MRP, c'est la résistance chrétienne, et c'est l'ancêtre de l'UDF.
L'honneur d'un peuple appartient à ses morts et les vivants n'en ont que l'usufruit.
08:03 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : Guy Môquet, Résistance




Les commentaires sont fermés.