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06.07.2007

A PROPOS DE LA PUBLICATION DES RESULTATS DU BAC

Cette fin d'année a vu le rituel de proclamation des résultats du baccalauréat agrémenté de quelques vilenies dont notre République dans sa sagesse devrait pouvoir faire l'économie.

Sous prétexte d'assurer un égal accès à la diffusion par Internet des résultats de l'examen, un embargo a été imposé aux chefs de centre, c'est-à-dire les proviseurs de lycée où siégeaient les jurys.

Lorsque les technologies de l'information et de la communication n'existaient pas, les présidents de jurys, sitôt les vérifications faites et leur signature apposée sur le procès verbal de l'examen sortaient sur le perron des lycées pour proclamer les résultats à haute et intelligible voix, et afficher les dits résultats sur un panneau visible du public.

Rappelons tout de même qu'en vertu du principe de souveraineté des jurys, la collation des grades relève des prérogatives universitaires, dans lesquelles aucune autorité administrative ne devrait s'immiscer. Toutes précautions étant prises par ailleurs pour transmettre dans les plus brefs délais une copie des procès verbaux au Recteur de l'Académie, chancelier de l'université.

Aujourd'hui, sous prétexte d'égalité d'accès aux résultats, l'heure d'affichage à la porte des centres d'examen devrait être la même que celle de l'ouverture des serveurs télématiques officiels.

Il n'y aurait en cela rien de blâmable si ces serveurs étaient réellement accessibles, mais nul n'ignore que le nombre de consultants potentiels en un créneau horaire étriqué induit le dépassement des capacités de connexion simultanée.

Il n'y a rien de critiquable non plus au fait que les listes de candidats admis soient diffusés par la presse écrite, ce qui est une tradition constante.

Il n'y aurait rien de critiquable à ce que les sites télématiques privés fussent destinataires de ces mêmes informations, mais une fois leur diffusion sur sites administratifs et par voie d'affichage public réellement effectuée.

Or aujourd'hui à quoi assiste-t-on? Des organismes privés proposent moyennant le paiement d'une taxe de quelque 3,00 €, l'information des candidats en temps et en heure.

Il est donc particulièrement choquant que les appétits lucratifs des dits organismes aient pour conséquence le retard de la diffusion publique des résultats d'examen.

C'est même le summum de l'immoralité, car ces organes publicitaires font de l'argent en vendant une information publique qui en raison de sa nature intrinsèque ne peut-être assimilée à une marchandise. De plus, ils exploitent de façon scandaleuse le stress des candidats, dont l'attente des résultats est en soi une émotion. Point n'est besoin d'en rajouter. Et l'Administration ne s'honore pas en excipant de futiles arguties pour maintenir l'embargo sur les résultas au delà du délai raisonnable de vérification et de transmission aux serveurs télématiques publics.

Lorsque des parents et des candidats en sont conduits à des démonstrations publiques pour obtenir simplement en temps utile ce qui leur est dû, et que l'on préfère céder aux oukases des puissances de l'argent, il ne faut pas s'étonner alors que s'installe le rapport de force pour résoudre un problème qui n'aurait jamais dû se poser.

Nous pensons que jeter de l'huile sur le feu n'est jamais une bonne stratégie, mais il est aussi des saines colères qu'il serait dangereux de mépriser. Nos jeunes candidats du Bac qui par leur examen ont fait leurs preuves ou ont essayé ont droit à un minimum de respect.

Par aileurs, s'il est avéré que ces organismes privés se sont procurés les numéros de portables des candidats via des fichiers d'origine administrative, c'est encore plus révoltant. C'est ni plus ni moins que de l'atteinte à la vie privée, du vol de données confidentielles ou à diffusion restreinte. Par ailleurs, les fonctionnaires, qui par action ou par abstention, auraient en quelque manière facilité la commission du délit sont susceptibles de voir engagée leur responsabilité pénale, sans préjudice des sanctions administratives qu'il pourraient de surcroît encourir.

Qu'un candidat, de son propre chef, communique en connaissance de cause des données d'ordre privée à un organisme à but lucratif est une chose, cela suppose simplement que les données du contrat soit claire.

Mais les informations à caractère privé que pourrait détenir l'administration ne sont pas accessibles à n'importe qui n'importe comment. En matière d'examen, les données qui par destination sont accessibles au public sont les noms et prénoms des candidats, la série qu'ils présentent, leur académie, leur centre d'examen, et la mention obtenue. Tout autre information suppose un consentement éclairé explicite.

Un Etat impartial ne saurait tolérer que l'information publique gratuite par essence soit l'objet de trafic lucratif ou de bénéfices commerciaux qui dépasseraient les simples frais d'accès aux sources d'information.

Un tel sujet n'est pas anecdotique car il touche tout simplement à la moralité publique. Celle-ci ne peut en aucune façon s'accomoder du cynisme hautain de quelques hiérarques dont les hautes fonctions exigent au contraire l'exemplarité républicaine. Il y va tout à la fois de leur honneur et de leur crédibilité.

 

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