04.04.2007

J'ouvre mes oreilles, j'allume la télé, et je vote Bayrou

Curieux article que celui du Monde du 3 avril 2007, intitulé, "je me bouche les oreilles, je ferme la télé et je vote Ségo".

Il y a comme un côté un peu masochiste à raisonner comme l'autruche de gauche, qui n'aime pas trop Ségolène, mais qui les yeux fermés et les oreilles bouchées va voter pour elle, le doigt sur la couture du pantalon ou de la jupe.

Si la sincérité des idées est louable, comment voter pour un candidat, surtout au premier tour, à contre-coeur, alors que d'autres choix sont possibles.

C'est dire à quel point le ménage à trois Ségo-Sarko-Média conditionne les esprits comme si le premier tour n'avait pas de raison d'exister. Le choix des qualifiés pour le second tour n'appartient pas à cette chimère, mais au peuple français.

Plus profondément, il y a comme des relents d'esprit pénitentiel à voter Ségolène, comme s'il s'agissait - dans une certaine franche de la gauche - de se punir en connaissance de cause d'un errement d'avril 2002 dont on aurait à force de se faire bourrer le mou, intériorisé toute la culpabilité.

Décidément, cette démarche est bien étonnante. On sait qu'en votant contre son coeur on va en prendre pour cinq ans d'ordre juste, ou de bonapartisme sarkosien, mais entre les deux, la différence est tout simplement celle qui distingue Eve d'Adam, ni plus ni moins. La preuve, Ségolène ne parle pas de son adversaire mais de son partenaire du débat démocratique, et à les entendre, ils se comportent exactement comme Adam et Eve après la consommation du fruit défendu, "C'est pas moi, c'est elle". "Ce n'est pas moi, c'est le serpent qui m'a séduite".

Triste époque, où voter se réduirait à porter le cilice et à s'autoflageller.

Lorsque la vie politique se fonde sur le mea culpisme, l'esprit de repentance collective, cela donne la France de Vichy. Et d'ailleurs, nous en sommes tout prêts avec cette obsession du drapeau et de l'identité nationale.

D'ailleurs, un signe qui ne trompe pas, la couleur de la Ségosphère, comme celle de la couverture du livre de Ségolène, c'est le violet, couleur de la pénitence dans la symbolique liturgique, et couleur de la cupidité dans la symbolique médiévale (la couleur du billet de 500 € que seuls les français de très haut ont vu face à face...).

S'il nous reste un tant soit peu de socialisme, ce n'est pas du côté de Ségolène Royal qu'il faut le chercher, seul en subsiste l'initiale du nom d'un parti.

J'en reviens donc à mon sujet, et plus sérieusement. Voter les oreilles bouchées, droit dans ses bottes, n'est-ce pas le premier pas vers l'asservissement, vers l'abdication.

La première étape de la servitude est souvent volontaire, puis après, parce que "ni le soleil ni la mort ne se peuvent regarder en face" (La Rochefoucauld), l'on met sa tête dans sable, et l'on croit s"en tirer en confessant benoitement que l'on ne savait pas.

Aujourd'hui, ce n'est pas comme si face au socialisme qui n'en a plus que le nom de Ségolène Royal, il n'y avait que l'alternative de la droite dure façon Sarkozy.

Un autre choix est possible, et il repose sur un pari tout simple, à savoir que nous avons tout à y gagner.

Alors, balayons d'un revers toutes les objections entendues ces derniers jours:

François Bayrou est seul. Mais, en 1958, alors que l'existence de la forme démocratique du gouvernement de la France, De Gaulle était seul. Cela n'a pas empêché la France de lui faire confiance. Certes, l'heure n'est pas la même.

Mitterrand au départ fut aussi un homme seul.

Mais aujourd'hui, les adversaires de Bayrou sont eux aussi bien seuls, et cultivent cette solitude. 

L'hypertrophie du moi dont font montre Ségolène et Nicolas, la mise en scène de leurs réunions, illustrent bien leur ambition profonde: l'exercice solitaire du pouvoir.

Et ce que ne disent pas les média, pris au piège de cet inceste avec l'UMP et le PS, c'est que la Chiraquie n'a pas dit son dernier mot, et que l'on peut lui faire totalement confiance pour la mise à exécution d'une trahison mûrement calculée. Ce que ne disent pas non plus les media, c'est qu'à force de juger le PS encombrant, et de privilégier la démagogie verbaliste avec un peuple choisi, Ségolène Royal est tout aussi isolée. Ni l'un ni l'autre, en raison de leur caractère ne sauront fédérer autour d'eux d'énergies, ils trouveront sans peine des valets, des courtisans, qui du jour au lendemain se retrouveront misérables. Le "qui connaît Monsieur Besson?", est tout aussi méprisant que le regard de Louis XIV éliminant les courtisans qui ne seront pas du déplacement à Marly.

Enfin, c'est bel et bien se boucher les oreilles que de ne pas voir à quel point est important le besoin de changement. Cela passera par ces femmes neuves, ces hommes neufs qui pour le moment loin des paillettes et des faux brillants de la médiacratie creusent tranquillement leur sillon. Ce sont elles, ce sont eux, que les législatives révèleront au mois de juin.

Pour conclure, l'alternative est simple. Ou restons surplace avec le tripole Ségo-Sarko-Média. Ou changeons avec Bayrou.

 

Commentaires

Les citoyens ont le droit à un débat contradictoire de premier tour entre les quatre principaux candidats à l'élection présidentielle. Quelles que soient les raisons invoquées pour les en priver, cette confrontation des idées et des personnages qui les portent n'est pas nuisible à la démocratie. En tout cas, même si elle peut légitimement susciter des réserves, elle reste préférable à l'absence de débat.

Répondant à l'invitation de François Bayrou, le site de la Révolution orange a aussitôt ouvert un forum pour promouvoir et construire le "débat sur Internet".
Vous êtes tous chaleureusement invités à y poster vos commentaires, vos suggestions et vos remarques, ainsi qu'à y poser les questions que vous souhaiteriez voir abordées par les candidats.

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Le site de la Révolution orange n'entend pas se charger de l'organisation du débat proprement dit. Bien que politiquement indépendant de l'UDF, il n'en est pas moins engagé dans la campagne aux côtés de François Bayrou. En tant que site de soutien d'un candidat, il n'a pas vocation d'exercer un arbitrage. D'autres sites de réflexion citoyenne se sont déjà proposés. Le forum que nous mettons en ligne, pour notre part, a pour but de recueillir vos témoignages et de publier vos propositions, ainsi que de porter vos attentes à la connaissance des candidats.

Ecrit par : hippo | 07.04.2007

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