24.02.2007
L'appel de 30 hauts fonctionnaires
Le texte suivant est rédigé par SPARTACUS, un collectif de 30 hauts fonctionnaires en poste dans l'administration centrale de différents ministères.
SOURCE : http://www.liberation.fr/rebonds/236578.FR.php TEXTE REPRODUIT IN EXTENSO
Nous, socialistes et Français de gauche, revendiquons hautement notre soutien à François Bayrou et aux idéaux de rassemblement et de redressement qu'il incarne. Notre détermination, déclarée dès l'automne 2006, s'est encore renforcée depuis les déclarations de candidature de Nicolas Sarkozy et de Ségolène Royal.
Les annonces de programme des uns et des autres témoignent d'une erreur de jugement de la situation réelle de notre pays. La candidate du parti socialiste a formulé, le 11 février, 100 propositions en voulant sans doute imiter les 110 propositions de François Mitterrand. Mais la situation de la France en 2007 n'est pas la situation de la France en 1981. Notre pays est endetté et nous vivons déjà, sans nécessairement en être conscients, aux dépens de nos enfants et de nos petits-enfants : près de 1 200 milliards d'euros d'endettement de l'Etat ; 900 milliards d'euros de financement à prévoir pour les retraites ; enfin les collectivités locales elles aussi glissent peu à peu d'une situation saine vers un déficit chronique.
Madame Royal fait des chèques en blanc. Ces cent propositions sont autant de traites tirées sur le «compte France» déjà largement à découvert. Comment seront-elles financées ? Rien n'est précisé. Rien n'est indiqué non plus sur le réaménagement pourtant indispensable de la fiscalité ou sur la question cruciale des retraites. Rien enfin sur les moyens de relancer la croissance qui, seule, permettrait de réduire chômage et déficits publics et de financer l'ensemble de son programme. Mme Royal compte donc gérer la France comme on gère une région ou un département : en augmentant les prélèvements et en créant toujours plus de charges pour la collectivité. Ou bien elle ne s'intéresse guère au chiffrage de son projet donc à son réalisme. La démission d'Eric Besson, secrétaire national du parti socialiste à l'économie, en est une démonstration éclatante. Sa seule réponse consiste à dire que la croissance de l'économie fournira le carburant nécessaire dès son élection. Comme avec une baguette magique, alors même qu'aucune de ses propositions ne prévoit un soutien à la création et au développement des entreprises. Aucune. Cet oubli témoigne d'une méconnaissance vertigineuse de l'économie de notre pays. A moins que cela ne corresponde à une méfiance systématique vis-à-vis des centaines de milliers d'artisans, de professions libérales, de responsables d'entreprises agricoles et commerciales qui sont dans l'attente de mesures simples comme celle proposée par François Bayrou avec l'exonération de charges sociales pour la création de deux emplois par entreprise.
Que dire des propositions de Nicolas Sarkozy ? Sa prodigalité électoraliste vient d'être démentie et corrigée par ses propres amis de l'UMP qui n'en peuvent plus des promesses ciblées et sectorisées par catégories électorales avancées par le ministre-candidat.
Sa mesure phare qui consiste à baisser de quatre points les prélèvements obligatoires par rapport au PIB représente 78 milliards d'euros à financer. L'économiste Thomas Piketty a démontré que cela correspondait à la suppression conjointe de l'impôt sur le revenu, de l'impôt sur la fortune et de l'impôt sur les sociétés. M. Sarkozy nous prépare bien une France sans foi ni loi, une France ultralibérale. Nous constatons que ce programme, Nicolas Sarkozy l'étend maintenant sur dix ans.
Nous, socialistes et Français de gauche, croyons à la voie proposée par François Bayrou. Pourquoi ? Il a été le seul et le premier à poser les vraies questions pour l'avenir de notre pays et à apporter les bonnes réponses :
Notre dette publique nous engage vis-à-vis des générations futures. Il faut revoir le processus de la dépense publique pour plus d'efficacité et donc plus de justice. Et inscrire dans la Constitution le principe d'interdiction d'un déficit des dépenses de fonctionnement de l'Etat.
Notre Education nationale repose sur un corps d'élite. Nos enseignants, de formation initiale et continue, doivent disposer des moyens nécessaires à leur mission. Et plus que tout de notre reconnaissance.
Nos besoins collectifs de tous ordres ; santé, défense, culture, diplomatie... doivent eux aussi faire l'objet d'une protection et d'une sérénité que seul l'idéal de rassemblement de François Bayrou peut incarner dans les circonstances présentes.
Enfin, nous, socialistes et Français de gauche, estimons que le choix incohérent et erratique du parti socialiste conduit la gauche française à son échec pour l'élection présidentielle. Inexorablement.
Pour toutes ces raisons, et malgré notre fidélité à un parti qui a été pendant longtemps un modèle de démocratie interne, nous persistons à penser que seul François Bayrou incarne aujourd'hui l'esprit de courage, de responsabilité et de clairvoyance nécessaire pour redresser la situation de la France. Nous lui faisons confiance pour rassembler enfin les Français autour des valeurs républicaines qui nous sont chères. Pour les électeurs de gauche, le véritable vote utile pour faire barrage à Nicolas Sarkozy, c'est Bayrou. Lui seul sera en mesure de battre le candidat UMP au deuxième tour de la présidentielle.
Quelques commentaires personnels
Au risque de paraître simpliste, rappelons simplement que la situation économique de la France d'aujourd'hui n'a rien de commun avec celle de 1981.
Si Mitterrand a pu mener pendant deux ans le programme que l'on connaît (Nationalisations, mesures sociales, augmentation des effectifs de la Fonction Publique), c'est qu'il y avait de l'argent dans les caisses de l'Etat. En 1980, les rentrées fiscales, essentiellement par l'impôt sur les entreprises, avaient dépassé les prévisions de la loi de finances initiales. Et les experts économistes proches du PS faisaient au moins crédit à Raymond Barre (le seul au demeurant), de laisser des "caisses pleines".
Aujourd'hui qu'en est-il:
- la dette publique est telle que cela revient à faire peser sur chaque citoyen l'équivalent d'un emprunt immobilier.
- la fraude à l'impôt représente, de l'aveu même des services fiscaux, l'équivalent du déficit annuel.
Alors, quand Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy décline leurs mirifiques propositions, ou bien ils ne savent pas ce qu'ils disent, et c'est grave, parce que c'est de l'incompétence, ou bien ils le savent très bien, et ce n'est que démagogie et mensonge. Veut-on que les élections présidentielles de 2007 vérifient une fois de plus l'adage qui dit que les promesses n'engagent que ceux qui veulent bien les croire.
L'un comme l'autre tirent des chèques en bois sur le compte de la maison France. Oh certes, dira-t-on, en reprenant l'adage latin cher au juriste, fiscus semper solvendus censetur, le fisc est toujours réputé solvable.
Mais alors qui va payer: l'entreprise? comment alors soutenir et développer l'emploi en France si les charges sont si lourdes que délocalisation, et ses cortèges de plans sociaux et autres emplâtres sur jambes de bois sont jugés plus rentables que l'investissement dans l'emploi.
Les ménages? quelle étroite marge de manoeuvre quand on sait le peu de rapport de l'impôt sur le revenu? Augmenter celui-ci, cela revient à dire que soit les classes moyennes dont le pouvoir d'achat a baissé (de 25 % depuis 1983 pour les fonctionnaires de l'enseignement) seront encore une fois mises à contribution? les bas salaires qui ne seraient plus exonérés de l'impôt sur le revenu? les grandes fortunes, mais chacun sait qu'elles auront vite fait leur compte si l'ISF augmente son assiette, et il ne faudra pas s'étonner alors de leur exode vers des cieux fiscaux plus cléments.
Quand Madame Royal et Monsieur Sarkozy prétendent vouloir remettre la France debout, c'est en réalité un château de cartes qu'ils construisent. L'un comme l'autre considèrent l'électeur de la même façon que le code napoléonien concevait la femme : un être éternellement mineur.
La politique ne peut se construire durablement sur la seule rhétorique, et la magie des mots est cause de désillusion quand les actes ne peuvent pas suivre.
Comment croire par exemple Ségolène Royal pour qui son programme se résume à la pensée magique: "je veux, mon pacte présidentiel, les cercles vertueux, la croissance."
Nous n'attendons pas des candidats qu'ils nous promettent comme naguère Churchill pendant la seconde guerre mondiale "du sang et des larmes", mais simplement l'honnêteté et l'humilité.
19:10 Publié dans La Campagne au jour le jour | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : présidentielle 2007, Bayrou, Royal, Sarkozy, dette publique, UDF, PS




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